6.1 - Textes poétiques écrits par des Français de l'Algérie française - Illustrations d'Alain Avelin

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12 - Petit fellagha - Poème de Pierre-Jean VA ILLARD

 

Seulement, ces temps-ci, il faut compter là-bas,

Avec un mécontent, un certain Fellagha.

Et, petit Fellagha, c’est à toi que je pense

En voyant ta rancune à l’égard de la France.

J’ai beaucoup réfléchi et ma méditation

Me décide à venir te demander pardon....

Oui, pardon, Fellagha, pardon pour mon grand-père

Qui vint tracer des routes et labourer la terre.

Il est venu chez toi, il a tout chamboulé.

Où poussaient des cailloux, il a planté du blé.

En mettant après ça, Ô comble de l’ignoble,

Où poussaient des cailloux, il a fait un vignoble.

Pardon, cher petit Fellagha,

Oh, pardon de tous ces dégâts.

Et mon affreux grand-père (il faut qu’on le confesse)

N’était bien sûr, pas seul, à être de son espèce.

Ces autres scélérats ont bâti des cités,

Ils ont installé l’eau et l’électricité.

Et tu n’en voulais pas, c’est la claire évidence

Puisque on sait que avant que n’arrive la France

Tu n’avais en dehors de la Casbah d’Alger

Que la tente ou bien le gourbi pour te loger.

Et ton éclairage, tu n’avais que de l’huile.

Alors nos maisons, bien sûr, c’était la tuile.

De l’électricité, là encore soyons francs,

Tu ne demandais pas qu’on te mette au courant ...

Tu t’es habitué à ces choses infâmes,

Mais c’est à regret et la mort dans l’âme ...

Stoïquement d’ailleurs, tu supportes ces malheurs,

Avec force courage et tant de belle humeur.

Donc tu as engraissé, mais de mauvaise graisse.

Car tu prenais le car (une invention traîtresse)

C’est ce même car que, pris d’un délire divin,

Tu devais, un beau jour, pousser dans le ravin.

Je comprends ta rancœur, je comprends ta colère,

Tu n’es pas au niveau des arabes du Caire.

Tu glandes et tu vis mieux qu’un fellah égyptien.

A quoi Nasser ... Nasser à rien.

Nous avons massacré tes lions et panthères.

Nous avons asséché tes marais millénaires.

Les moustiques sont morts ... Les poux ..

De Profundis.Nous avons tout tué, jusqu’à la syphilis.

Ah pardon Fellagha pour tous ces carnages.

Nous avons fait tout ça, c’est bougrement dommage.

Bien pardon Fellagha, de t’avoir mieux nourri,

De t’avoir vacciné pour le béribéri

Et d’avoir à tes pieds nus mis (oh maladresse)

Des souliers ....Pour nous botter les fesses.

Pardon vraiment pour ce crime contre l'humanité.

Texte écrit dans les années 50 par le chansonnier Pierre Jean VAILLARD,  lequel est plus que jamais d'actualité, d'autant que  la Repentance est devenue la Religion d'un État en perdition !

 

Pierre Jean Vaillard

 

Pierre-Jean Vaillard, né à Sète le 12 mars 1918Il épouse Odette Marie Céleste Kellner le 9 février 1942 à Tunis.Chansonnier, écrivain, auteur d'aphorismes, comédien de théâtre et de radio, il a été à l'origine, avec Jacques Canetti, de la fondation, en 1943, du théâtre des Trois Baudets, rue Mogador à Alger.

Il a été la tête d'affiche du théâtre des Deux Ânes pendant plus de trente ans. Dans les années 1960, il rédige plusieurs chroniques pour le journal de droite Minute dans lesquelles il prend position pour l’Algérie Française et contre la « dévirilisation » de l'Armée Française.Il a vécu les dernières années de sa vie rue de Saint-Simon (Paris VIIe).

Il est mort le 17 février 1988, et est inhumé à Paris au cimetière de Montmartre (26e division).

 

 

 

 

 

 

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